
Anthologie
Textes inspirants
Une anthologie de textes de sages — Siddharameshwar, Jean Klein, Lal Ded, Poonja, la Ribhu Gîtâ, Nisargadatta, Gangaji… — et des textes de Jean-Philippe.
Bonne lecture, et laissez ces textes infuser en vous.
Lors de votre prochaine visite, de nouveaux textes auront peut-être été ajoutés sur cette page.
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Textes de sages
Sois — Nisargadatta Maharaj
Je suis un œil intemporel, je n'ai pas de forme. Comprenez ce qu'est la naissance, ce qu'est la mort et ce qui se déroule entre les deux. Alors, quoi qu'il puisse se produire dans le monde n'aura plus aucune importance.
Je suis l'ensemble de la manifestation. Que je vive sous la forme d'une plante ou sous une forme humaine ne fait aucune différence. Les plus hauts génies, les plus grands saints n'ont été rien d'autre que la conjugaison du masculin et du féminin, d'un homme et d'une femme. Ils ont été matériels mais on les a qualifiés des titres les plus grands, pourquoi ? Parce qu'ils ont compris ce qu'ils étaient réellement : l'ensemble de la création.
Vous êtes distinct de ce corps et il a pourtant avec vous une intime connection. Avant votre réveil le matin, juste avant, vous êtes dans l'Absolu, dans Parabrahman. Vous vous éveillez et la conscience commence alors son jeu, sa danse, mais elle n'est là que grâce au corps. Pas de corps, pas de conscience. Comprenez bien cette conscience, comprenez-la avec une clarté absolue, elle est sans limite, elle embrasse et pénètre tout. Lorsque vous aurez absorbé sa signification, lorsque vous vivrez dans cette conscience, vous pourrez alors vous éveiller à l'état le plus haut.
Quand vous atteignez cet état, il n'est pas conscient de son existence. Cet Absolu n'est à aucun moment conscient de son existence. Le « je » est pur sujet et la manifestation ne peut avoir lieu qu'au sein de la conscience où évolue ce « je ». Quiconque comprend clairement ceci ne peut plus avoir aucune dévotion envers un dieu ou quoi que ce soit.
Le connaisseur et le connu ne sont que transitoires. Vous, assis ici, devant moi, avez-vous besoin de formuler en mots ce que vous êtes ou le lieu où vous vous trouvez ? Vous le savez sans avoir besoin de mots, ni d'images. Vous avez la connaissance intime de votre existence, vous êtes en prise directe sur cette existence, sans besoin de vous souvenir de votre sexe, de votre nom ou de votre forme. Quand je parle de " sens du je suis ", quand je préconise de n'être que pur " je suis ", comprenez bien que c'est toujours de cet état antérieur aux mots et aux images dont il s'agit. Cet état où vous baignez dans une évidence d'être ne nécessitant aucun commentaire.
Ensuite, vous oublierez ce " je suis ". A la base de vous-même, aux fondations de vous-même, vous participez déjà à l'état d'existence qui est identique à celui du sommeil profond, état où aucune mémoire, aucun concept n'existent. Autrement dit, être éveillé dans l'état de sommeil profond, voilà l'Absolu. Je m'adresse continuellement à ce principe qui ne se connaît pas lui-même, ce principe qui ne connaît pas " vous êtes ", cet ultime vous qui est le seul vous.
Extrait de "Sois" de Nisargadatta Maharaj
L'école du premier principe — Tchouang-tseu
Yen Houei dit (à Confucius): Je progresse.
Que veux-tu dire par là? demanda Confucius.
J'oublie, répondit Yen Houei, la bonté et la justice. C'est bien, dit Confucius, mais ce n'est pas suffisant.
Un autre jour, Yen Houei revit Confucius et lui dit : Je progresse.
Que veux-tu dire par là? demanda Confucius.
J'oublie le rite et la musique, répondit Yen Houei. C'est bien, dit Confucius, mais ce n'est pas suffisant.
Un autre jour encore, Yen Houei rencontra Confucius et lui dit: Je m'assieds et j'oublie tout.
Confucius en éprouva un sentiment de respect et demanda : Qu'entends-tu par t'asseoir et oublier tout?
Yen Houei répondit : Me dépouiller de mon corps, oblitérer mes sens, quitter toute forme, supprimer toute intelligence, m'unir à celui qui embrasse tout, voilà ce que j'entends par m'asseoir et oublier tout.
Confucius conclut : L'union au grand tout exclut toute particularité, évoluer sans cesse exclut toute fixité. Vraiment tu es un sage. Désormais je te suivrai.
Extrait de "L'école du premier principe"
de Tchouang-tseu
L'enseignement de Ramana Maharshi
Il n'existe que trois états la veille, le rêve et le sommeil profond. Le turīya n'est pas un quatrième état. il est ce qui est sous-jacent aux trois états. Mais les gens ne comprennent pas cela facilement. Voilà pourquoi on dit que le turiya est le quatrième état et la seule réalité. En fait, le turīya n'est séparé de rien, car il forme le qui existe. Il est la seule vérité : il est votre Etre même. Les trois états apparaissent sur lui en tant que phénomènes éphémères et s'y fondent ensuite C'est pourquoi ils sont irréels.
Les images d'un film ne sont que des ombres qui passent sur l'écran. Elles apparaissent, avancent, reculent, changent de l'une à l'autre ; elles sont donc irréelles tandis que l'écran reste toujours le même. De même avec des peintures. Les images peintes sont irréelles, seule la toile est réelle. Il en est ainsi pour nous. Les phénomènes du monde, extérieurs aussi bien qu'intérieurs, ne sont que des manifestations passagères qui ne sont pas indépendantes de notre Soi. Seule notre habitude de les considérer comme réelles et de les situer hors de nous-mêmes est responsable du fait que notre être véritable est caché et que les phénomènes du monde sont mis en avant. Quand l'unique réalité toujours présente, le Soi, est trouvée, toutes les autres choses irréelles disparaîtront, laissant derrière elles la connaissance qu'elles ne sont autres que le Soi.
Turīya n'est qu'un autre nom pour le Soi. Conscients des états de veille, de rêve et de sommeil profond, nous demeurons inconscients de notre propre Soi. Et pourtant, le Soi est ici et maintenant, il est la seule réalité. Il n'existe rien d'autre. Aussi longtemps que persiste l'identification au corps, le monde semble se trouver à l'extérieur de nous. Réalisez simplement le Soi, et tout le reste ne sera plus.
Extrait de "L'enseignement de Ramana Maharshi"
Poèmes de Kabir
Kabir dit :
« L’homme sage restera muet ; car cette vérité ne peut se trouver ni dans les livres ni dans les Védas. »
J’ai pris place dans l’harmonieux équilibre de l’Un.
J’ai bu la coupe de l’ineffable.
J’ai trouvé la clef du mystère.
J’ai atteint la racine de l’Union.
Voyageant sans chemin je suis arrivé au pays sans douleur ;
très doucement la grâce du Grand Seigneur est descendue sur moi.
On chante le Dieu infini comme s’il était inaccessible ; mais, moi, dans mes méditations, sans mes yeux, je L’ai vu.
C’est bien le pays sans souffrances et personne ne connaît le chemin qui y mène.
Seul, celui qui est sur ce chemin est allé au delà de la région des douleurs.
Merveilleux est ce pays, dont aucun mérite ne peut être le prix.
C’est le sage qui le voit ; c’est le sage qui le chante.
Ceci est l’ultime parole ; mais comment exprimer sa merveilleuse saveur ? Celui qui l’a une fois savourée, celui-là sait quelle joie elle peut donner.
Kabir dit : « La connaissant, l’ignorant devient sage et le sage devient muet d’adoration silencieuse. »
L’adorateur est totalement enivré.
Sa sagesse et son détachement sont parfaits.
Il boit à la coupe des inspirations et des aspirations de l’amour.
Là tout le ciel s’emplit de sons et la musique se joue sans cordes et sans doigts.
Là le jeu de la joie et de la douleur ne cesse pas.
Kabir dit : « Si tu te plonges dans l’Océan de Vie, tu vivras dans le Pays de la Suprême Félicité. »
Extrait des "Poèmes de Kabir"
De la Réalité
Dans la Réalité, il n’y a ni pensée ni état, même le mot silence ne peut la décrire.
On ne peut pas non plus la comparer au sommeil profond, étant un état de félicité, celui-ci est encore un concept. Le concept de l’absence de pensée qui pourrait s’appliquer à la Réalité est encore une pensée. Elle ne peut pas davantage être décrite comme un miracle car cela suppose toujours un état. Elle est une interruption dans l’activité du monde, une extinction des concepts et des émotions. La Réalité n’est pas un état, elle est au-delà des mots. Tout ce que l’on peut en dire c’est qu’elle est « un état sans état ». En fait, ce n’est rien car cet état sans état ne peut pas rentrer dans le champ du mental, ni dans celui de la connaissance. Mental et connaissance ne peuvent pas l’appréhender. Une lampe peut-elle surpasser la lumière du soleil ? Au moment où la lampe est placée face au soleil, elle devient sans effet. Les organes des sens sont l’ignorance qui a besoin de l’artifice de la connaissance pour fonctionner. Ainsi, connaissance et ignorance vont toujours de pair. Mais la connaissance est aussi ce collyre qui permet de percevoir le concept de Sat-Chit-Ananda. Tout cela est mentionné pour insister sur le fait que le Soi est niranjan (nir, sans ; anjan, artifice), il est simple et pur et aucun collyre ne permet de le percevoir. Quand le collyre de la connaissance (qui est ignorance) pénètre les yeux, le Soi qui a toujours été là ne peut plus être perçu. Tout ce que vous pouvez percevoir alors ce sont les objets matériels. Si vous échouez dans votre recherche du véritable sens, le sens qui prévaudra sera celui de l’ignorance. Le Soi continue à être ignoré et vous continuez à désirer les biens matériels. La connaissance ainsi obtenue est appelée « connaissance objective ». Le collyre dont le maître a baigné vos yeux n’aura aucun effet si par manque de pratique l’ignorance perdure.
Extrait de « Embrasser l’immortalité », de Shri Siddharameshwar Maharaj.
Le cycle de l’Être
Le cycle de l’être comporte quatre stades. Au premier stade, la Conscience est dans l’objet, elle est immergée et perdue dans les choses et ne s’en distingue pas. L’homme est alors sa colère, sa peur, son intelligence ; il est ce qu’il voit, ce qu’il sent.
Au deuxième stade, le sujet se détache de l’objet et la « Conscience-Témoin » apparaît. L’homme dit alors : « Je ne suis pas mon corps, je ne suis pas ma colère, mais je suis le “Connaisseur” de ces choses. »
Au troisième stade apparaît la Conscience du « Témoin sans objet ». On ne peut donc plus l’appeler témoin mais « Conscience pure unitive ».
Au quatrième stade, la Conscience pure unitive se réalise comme « Conscience divine » créatrice de son objet, et le Réel n’est plus alors qu’Unité « sat-cit-ananda ».
De ce fait, nous sommes établis dans une stabilité qui ne peut plus être affectée par le mouvement du monde, des choses ou des êtres.
Ceux-ci continuent à exister, mais ils prennent leur véritable signification. On fait les choses parce qu’elles doivent être faites et l’on s’adapte à toutes les circonstances qui se présentent.
Alors seulement se réalise ce dont la plupart des psychologues doutent : la transformation de l’organisme psycho-physiologique par l’établissement dans la stabilité de l’arrière-plan.
On comprend alors l’immense perte de temps que représentent les purifications et les disciplines.
Extrait de « L’ultime Réalité », de Jean Klein.
Le maintenant de l’éternel présent
Ici il n’y a ni Tu ni Je,
Ni posture de méditation ni rien à contempler,
Même le Créateur de toutes choses est oublié.
L’aveugle ignorant ne peut voir
Le Suprême Ineffable si difficile à connaître.
Mais le pur, le sage, après avoir vu,
Est immergé dans le Suprême.
Tu étais absorbé dans Ton Propre Soi
Caché pour moi ;
Je passai des jours entiers à Te chercher.
Mais quand je T’ai vu dans mon propre soi,
Ô Joie ! Alors Toi et moi
Nous ne fûmes plus qu’un dans la fusion de l’extase.
La pensée, le mental, sont toujours nouveaux,
La lune toujours changeante est nouvelle,
Et toujours nouveau l’océan sans rivage
Que j’ai vu.
Depuis, moi, Lalla, j’ai récuré à fond
mon corps et mon esprit
(Je les ai vidés des morts d’hier
Et des bébés pas encore nés de demain),
Je vis le maintenant de l’éternel Présent
Et tout ce qui est, est pour moi
Toujours nouveau, toujours nouveau…
Lal Ded, poétesse et mystique du shivaïsme tantrique cachemirien.
Quand vous deviendrez roi
« Papaji, où irez-vous après avoir quitté votre corps ? Reviendrez-vous sur la planète Terre ? »
Pour revenir, je dois d’abord être parti, et si je suis parti je dois revenir. Donc, en vérité : je ne viens pas et je ne pars pas. Et c’est la vérité, voyez-vous. Qui part ? Qui vient ? Vous parlez du corps, pas de votre propre Soi. Le Soi ne vient pas et ne part pas. Pourquoi irait-Il quelque part ? Que ferait-Il en allant d’ici à un autre endroit ? Il n’est pas un homme d’affaires. Tout est inclus dans le Soi. Pourquoi devriez-vous partir ?
Un roi n’aspire pas à « acheter telle maison, tel appartement, ou tel édifice ». Pourquoi cela ? Parce que le royaume entier lui appartient. Le roi ne désire pas acquérir la moindre propriété, toutes les propriétés lui appartiennent. Donc, quand vous deviendrez roi, vous ne désirerez pas aller où que ce soit, un simple claquement de doigt et tout se réalise.
H.W.L. Poonja.
Demeure en tant que « Cela même »
La Ribhu Gîtâ est un texte mystique indien. Ramana Maharshi a contribué à le faire connaître en Occident en le citant souvent comme référence. Il avait été surpris de découvrir dans ce chant la description exacte de sa Réalisation.
Ribhu :
Cela qui est la Réalité suprême [Brahman], le Soi de tout, de la nature de l’existence-conscience-félicité, le Soi de toute chose, le Soi suprême – demeure constamment en tant que Cela même.
« Tout ceci » est de la nature du Soi, qui ne connaît ni commencement ni fin et que rien ne surpasse. Cela qui n’est pas plus l’action que l’inaction – demeure constamment en tant que Cela même.
Cela où ne se trouve aucune peur liée à la dualité ; Cela où s’éveille la non-dualité, où ne règne pas plus la quiétude que l’inquiétude – demeure constamment en tant que Cela même.
Cela où il n’est rien qui participe de la volition [sankalpa], où la méprise est absente et où, semblablement, la pensée est inexistante – demeure constamment en tant que Cela même.
Cela où ne se trouve rien en la Réalité, où toute conviction [bhava] est illusion, et où rien du monde n’existe – demeure constamment en tant que Cela même.
Cela qui ignore l’existence ou la non-existence, ainsi que les illusions dues aux méprises mentales, et où le mot même de « méprise » est inconnu – demeure constamment en tant que Cela même.
Cela où n’est aucun plaisir, où n’est aucune idée que je suis le corps, et où il a été renoncé à tout sankalpa – demeure constamment en tant que Cela même.
Cela qui n’abrite aucun sage ni aucune sagesse, aucune chose d’un côté et son contraire de l’autre, et aucun défaut ou non-défaut – demeure constamment en tant que Cela même.
Ce texte, et de nombreux autres, sont magnifiquement lus sur la chaîne YouTube « Le Vieux Sage ».
Épître sur l’unicité absolue
Gloire à Allah, avant l’Unité duquel il n’y a pas d’antérieur, si ce n’est Lui qui est ce Premier ; après la Singularité duquel il n’y a aucun après, si ce n’est Lui qui est ce Suivant. À propos de Lui, il n’y a ni avant, ni après, ni haut, ni bas, ni près, ni loin, ni comment, ni quoi, ni où, ni état, ni succession d’instants, ni temps, ni espace, ni être : « Il est tel qu’Il était ». — « Il est l’Unique, le Dompteur » sans les conditions ordinaires de l’Unité. Il est le Singulier sans singularité. Il n’est pas composé de nom et de nommé, car le nom est Lui et le nommé est encore Lui. Il n’y a pas de nom sauf Lui. Il n’y a pas de nommé en dehors de Lui. C’est pourquoi il est dit qu’Il est le nom et le nommé. Il est le Premier sans antériorité. Il est le Dernier sans les conditions ordinaires de la finalité, c’est-à-dire sans finalité absolue. Il est l’Évident sans extériorité. Il est l’Occulte sans intériorité… Il ne se trouve pas dans quelque chose et aucune chose ne se trouve dans Lui par une entrée ou une sortie quelconque. Il faut le connaître de cette façon, non par la science, l’intelligence, l’imagination, la sagacité, les sens, la vision extérieure, la vision intérieure, la compréhension ou le raisonnement. Personne ne peut Le voir, sauf Lui-même. Personne ne Le saisit, sauf Lui-même. Personne ne Le connaît, sauf Lui-même. Il Se voit par Lui-même. Il Se connaît par Lui-même. Autre-que-Lui ne peut Le voir. Autre-que-Lui ne peut Le saisir. Son impénétrable voile est Sa propre Unicité. Autre-que-Lui ne Le dissimule pas. Son voile est Son existence même. Il est voilé par son Unicité d’une façon inexplicable. Autre-que-Lui ne Le voit pas : aucun prophète envoyé, aucun saint parfait ou ange approché. Son prophète est Lui-même. Son messager (apôtre) est Lui. Sa missive (apostolat) est Lui. Sa Parole est Lui. Il a mandé Son ipséité par Lui-même de Lui-même vers Lui-même, sans aucun intermédiaire ou causalité extérieure que Lui-même. Il n’y a aucune disparité de temps, d’espace ou de nature entre Celui qui envoie, entre le Message, et le Destinataire de cette missive. Son existence est celle des Lettres de la prophétie, pas d’autre. Autre-que-Lui n’a pas d’existence ou de nominalité, et ne peut donc s’anéantir, n’ayant jamais existé. C’est pourquoi le Prophète a dit : « Celui qui connaît son âme, c’est-à-dire soi-même, connaît son Seigneur. » Il dit encore : « J’ai connu mon Seigneur par mon Seigneur ». Le Prophète d’Allah a voulu faire comprendre par ces mots que tu n’es pas toi, mais Lui ; Lui et non toi ; qu’Il ne sort pas de toi et tu ne sors pas de Lui. Je ne veux pas dire que tu es ou que tu possèdes telle ou telle qualité. Je veux dire que tu n’existes absolument pas, et que tu n’existeras jamais ni par toi-même ni par Lui, dans Lui ou avec Lui. Tu ne peux cesser d’être, car tu n’es pas. Tu es Lui et Lui est toi, sans aucune dépendance ou causalité. Si tu reconnais à ton existence cette qualité, c’est-à-dire le néant, alors tu connais Allah, autrement non.
Awhad al-din Balyani. Traduction de 1911 par Abdul-Hâdi.
Textes de Jean-Philippe
Les mots du silence
Entends-tu les mots du silence ?
Ils disent la beauté de l’impalpable.
C’est, une incandescence de vide,
une plénitude insécable.
C’est, avant qu’être se conjugue,
avant que la toile n’ait un dessein de peintures,
avant que les chiffres ne sortent de l’Un.
C’est, en l’absence de tout autre,
en l’absence de l’espace et du temps.
C’est l’amour sans l’idée d’aimer.
Cela se tient trop haut pour la pensée,
perché sur la pointe de l’instant.
Cela se connaît sans se savoir,
d’une totale évidence.
Tout nous enseigne
Tout nous enseigne, mais nous ne l’écoutons pas. Les événements nous enseignent, mais nous leur résistons. Les animaux et les plantes nous enseignent, mais nous les abattons. Les émotions nous enseignent, mais nous les refoulons.
Sept arbres soutinrent la Réalisation du Bouddha. Dattatreya (un sage de l’Inde ancienne) eut vingt-quatre maîtres, dont quatre seulement étaient humains. Jacques Lusseyran trouva la joie dans un camp de concentration… Tout nous enseigne, mais comment l’entendre ?
S’arrêter de courir. S’ouvrir à ce qui vient. S’abandonner à ce qui est. Se rendre à la Grâce.
Voir l’autre comme soi-même. Vivre sans croyances. Accueillir sans savoir. Se donner à sa guidance intérieure.
On demanda à l’amour
On demanda à l’Amour si elle avait un contraire.
– Je n’en connais pas, répondit-elle. S’il m’existait un contraire, je ne serais plus l’Amour.
On lui présenta la haine, l’indifférence et quelques autres. Elle les regarda, vit la souffrance et la peur au travers d’elle, et qu’au cœur elle était toujours là.
On demanda à l’Amour pourquoi elle était autant absente de ce monde.
– Je ne connais d’endroits où je serais absente, répondit-elle. S’il existait un lieu où je ne suis, je ne serais plus l’Amour.
On lui présenta Auschwitz, Deir ez-Zor et quelques autres. Elle les regarda, vit la folie et la croyance, et qu’au cœur elle était toujours là.
On demanda à l’Amour pourquoi tant de sages semblaient vivre sans elle.
– Je ne connais de sages qui seraient coupés de moi, répondit-elle. S’il existait une sagesse sans amour, je ne serais plus l’Amour.
On lui présenta des philosophes, des éveillés et bien d’autres. Elle regarda en eux, vit des doctrines et des concepts, et qu’en leur cœur elle était toujours là.
Éveil à la Liberté
Par le frémissement des jours
Par la lucidité des nuits
Au-delà de tous les temps
Je vis mon essence
Par chaque instant révélé
Par le silence sous les sons
Au-delà des regards égarés
Je vis mon essence
Par la connaissance et l’oubli
Par l’abandon des traces anciennes
Au-delà des noms appris
Je vis mon essence
Par les leçons de la douleur
Par le détachement des sens
Au-delà de l’ancrage au corps
Je vis mon essence
Par le sentier du cœur
Par l’arrêt de la recherche
Au-delà des jeux du monde
Je vis mon essence
Et par le pouvoir d’un non
Je dissipe l’illusion
Je ne suis jamais né
Je reconnais mon essence
Liberté.
L’oiseau, la cage et le ciel
L’oiseau tourne en rond dans sa cage depuis si longtemps qu’il en a oublié l’origine. De tour en tour, il reproduit sans fin le cercle de sa servitude. Et les graines de désir, qui forment sa pitance, ne l’apaisent jamais.
À travers les barreaux, le vaste espace l’appelle. Mais il ne sait comment les franchir. Pourtant, à un endroit les barreaux sont ouverts. L’a-t-il vu ? Il n’en est pas sûr. Il doute et n’ose y croire.
Il poursuit sa course dans sa prison. Pourtant, les barreaux sont illusoires. Le ressent-il ? Bien sûr, il en a l’intuition, mais il ne lui donne pas sa confiance.
Il reprend son errance, enfermé dans sa peur. Pourtant, l’oiseau lui-même est imaginaire. Le sait-il ? Évidemment, son cœur se reconnaît dans l’espace.
De toujours, l’oiseau, la cage et le ciel n’ont formé qu’Un seul…
Il n’est que Cela
Il n’est que Cela
Qui ne se connaît pas de nom
Qui ne se rencontre jamais
Qui ne sait d’autre
Il n’est que Cela
Dans le diamant de sa Présence
Dans la complétude de son vide
Dans l’infini de sa pureté
Il n’est que Cela
Mystère intraduisible
Pouvoir absolu
Simplicité totale
Il n’est que Cela
En son immobilité première
En son silence atemporel
En son absence d’histoires
Il n’est que Cela
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